La France en Estonie Ambassade de France à Tallinn
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Conférence à l’Université de Tartu sur les relations franco - estoniennes

(discours prononcé en estonien)

Mesdames, Messieurs, chers amis !

Je voudrais vous dire tout d’abord que je suis très touché par votre accueil.

Je compte sur votre indulgence, car mon estonien n’est pas encore parfait et je tâtonne encore dans les méandres de cette langue.

Comme vous le savez, peut – être, je suis en Estonie depuis plus d’un an et j’essaie de m’exprimer en estonien. J’ai décidé de relever ce défi, car c’est la meilleure façon de connaitre votre pays et votre peuple, et de se faire comprendre.

Je suis venu vous parler des relations franco – estoniennes.

Notre rencontre se tient à un bon moment car, d’un part, les relations franco – estoniennes sont plein développement, et, d’autre part, les Français s’intéressent davantage à l’Estonie – on parle davantage d’Estonie en France, de son adhésion à la zone euro, de Tallinn qui sera la Capitale européenne de la culture en 2011. Beaucoup de Français s’interrogent : quel est donc ce pays qui va entrer dans la zone euro ? qui a inventé « Skype » ? et où la Révolution s’est faite « en chantant » ?

Je suis de ceux qui pensent que les relations entre nos deux pays ont débuté bien avant l’indépendance de l’Estonie de1991 ; je vais vous donner quelques exemples.

1°) Faisons un peu d’histoire

- Au Moyen Age, à l’époque de la Livonie (XIIème siècle), le premier évêque d’Estonie était un Français - le moine bénédictin Fulco. Beaucoup de prêtres français avaient été envoyés en Estonie et les religieux estoniens ont suivi leurs études en France. Un des évêques les plus célèbres de Tartu a fait ses études à Paris.

- Les relations commerciales étaient également denses, car l’Estonie se trouvait au carrefour de la Scandinavie et de Byzance, ainsi que de l’Europe et la Russie. L’Estonie exportait du blé en France et la France vendait du sel et du vin à l’Estonie.

- Au XVIIIème siècle, le philosophe français Voltaire a mentionné pour la première fois dans son « Essai sur les mœurs et l’esprit des nations » (1756) que la Livonie est composée de « l’Esthonie » au nord et de la Lettonie au sud.

- Au XIXème siècle, deux autres personnalités ont marqué nos relations :
-  Georges Frédéric Parrot (scientifique français) est devenu le recteur de l’Université de Tartu en 1802. Il était également connu par ses recherches dans le domaine du traitement du typhus.
-  Un historien français, Louis Léouzon le Duc a écrit dans son ouvrage « La Baltique »(1850), qu’un jour, l’Estonie se libérerait de l’occupation russe et deviendrait indépendante.

En ce qui concerne le début du XXème siècle, vous avez tous entendu parler du mouvement littéraire Noor – Eesti, qui a joué un rôle important, car il a développé l’esprit européen et la pensée française en Estonie. Johannes Semper, Johannes Aavik, Aleksander Aspel ont donné aux Estoniens la possibilité de se familiariser avec la littérature et la pensée françaises. A la fin de la Guerre d’indépendance estonienne, les gouvernements français ont porté une grande attention aux nouveaux Etats. Comme l’Allemagne et la Russie avaient quitté cette région, la France y a trouvé un pays avec lequel elle pouvait coopérer et développer ses relations dans plusieurs domaines. La France soutenait l’Estonie dans le cadre de la Société des Nations : le juriste français Louis Villecourt est devenu le conseiller du Ministre estonien des Affaires étrangères, M. Kaarel Robert Pusta. Il a également composé le premier dictionnaire franco-estonien.

La coopération politique se développait ainsi que la coopération en matière de défense : beaucoup d’officiers et de militaires estoniens ont été formés en France.

Dans le domaine culturel, plusieurs écrivains français (Jean Giraudoux, Jules Romains) sont venus en Estonie et leurs romans ont été traduits en estonien. A cet époque, également plusieurs peintres estoniens sont allés en France et ont résidé à Paris, comme Adamson – Eric, Eduard Viiralt.

En médecine, la coopération se développait également avec le professeur Ludvig Puusepp, le fondateur de la neurochirurgie.

Ces exemples nous inclinent à penser qu’il y avait déjà avant les années 90 des passerelles et des points communs entre nos deux pays. Même si la France était géographiquement éloignée et son influence moins importante que celle de la Suède, de la Russie et de l’Allemagne, la France a quand même été présente en Estonie et son influence politique et culturelle s’y est faite sentir.

2°) Actuellement, nos relations bilatérales se densifient et se dynamisent

Premièrement, le dialogue politique s’est intensifié et plusieurs visites ont eu lieu les derniers mois.
- Les Ministres des Affaires étrangères, MM Bernard Kouchner et Pierre Lellouche sont venus en Estonie et une rencontre des Premiers Ministres a eu lieu en juin à Paris.
- Les députés se rencontrent souvent et des délégations françaises viennent à Tallinn et en Estonie presque tous les mois.

A l’occasion de ces rencontres, de nombreux sujets sont abordés :
-  les questions européennes : l’avenir de l’Europe, le dialogue avec les autres puissances comme la Chine, l’Inde, la Russie et les Etats – Unis.
-  L’OTAN : l’Estonie et la France souhaitent développer leur coopération en matière de cyberdéfense.
-  La zone euro : la France a soutenu l’adhésion de l’Estonie à la zone euro et nous souhaitons la renforcer ensemble.
-  La coordination économique et la surveillance financière au sein de l’Union européenne.
-  Dans le domaine de défense, nous préparons un accord bilatéral qui devrait être signé en France par le Ministre estonien de la Défense dont la visite est envisagée dans les prochains mois.

Je voudrais vous rappeler également qu’au printemps dernier, les avions français ont assuré la « Police du ciel » des pays baltes dans le cadre d’une mission de l’OTAN. En février, le jour de l’indépendance estonienne, les chasseurs français ont participé au défilé militaire de la Fête Nationale. Maintenant, nous souhaitons donner à cette coopération un caractère plus opérationnel. Nous examinons les possibilités de coopération avec le Centre de Cyber- défense de Tallinn et le Collège de Défense balte.

Deuxièmement, dans le domaine économique, nous sommes également sur le bon chemin et les entreprises françaises sont très actives en Estonie (Veolia, Alstom, Decaux, CNIM, saint – Gobain). St. Gobain était la première société qui a décidé d’investir en Estonie déjà en 1989. Cette société produit les vitres auto et ses affaires se développent plutôt bien. Nous sommes le sixième investisseur en Estonie avec 300 mln euros. De plus en plus de PME françaises s’intéressent à l’Estonie et au marché estonien. Les investissements français en Estonie ont doublé l’année dernière, et ce malgré les difficultés économiques actuelles. Les entreprises françaises apprécient le modèle économique, la culture estonienne des affaires, l’environnement juridique stable, et la qualité de la main d’œuvre.

Troisièmement, depuis mon arrivée en Estonie, j’ai constaté qu’il existait dans ce pays un très fort attrait pour la culture et la langue française. Partout où je me déplace, je rencontre les gens qui s’intéressent à la culture française et qui parlent le français.

Pour répondre à cette demande : - nous avons ouvert une classe maternelle française en septembre à Tallinn ;
- nous avons mis un professeur de français à la disposition du Ministère estonien de l’Education et de la Recherche pour renforcer l’apprentissage du français en Estonie ;
- nous soutenons ces efforts que l’Estonie fait pour la promotion du français et nous sommes très heureux que l’Estonie soit devenue membre observateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie ;
- je suis convaincu que le français a sa place en Estonie à côté de l’anglais, l’allemand et le russe. Plus l’Europe se développe, plus on a besoin du français. Je pense que la culture française a encore beaucoup de belles pages à écrire en Estonie.

Nous portons également une grande attention aux étudiants. Nous souhaitons que davantage d’étudiants estoniens fassent leurs études en France dans les universités françaises ; nous souhaitons que les futurs décideurs estoniens reçoivent leur éducation en France. C’est une orientation de travail très importante pour moi. Je voudrais vous donner trois exemples qui illustrent ce domaine de la coopération. 1) D’abord Julia Laffranque, juriste éminente de Tartu, qui occupe actuellement un poste de responsabilité à la Cour des Droits de l’Homme à Strasbourg, a effectué plusieurs stages auprès au Conseil d’Etat en France. 2) Ensuite, Mari – Liis Sepper, Représentante de l’égalité des sexes au Ministère des Affaires sociales, a effectué ses études juridiques en France, à l’Université de Montpellier. 3) Enfin, Anne Sulling, Conseillère économique du Premier Ministre estonien, a fait ses études économiques à l’Université de Paris Dauphine. Ce sont trois exemples emblématiques et je suis convaincu qu’il y en a encore d’autres, j’espère qu’il y en aura également parmi vous.

Dans le cadre du programme « Tallinn – la Capitale européenne de la Culture », la France souhaite que ses acteurs culturels y participent de manière active. Nous voulons montrer l’art et la danse contemporains et nous préparons trois expositions.
- La première exposition donnera un aperçu de l’œuvre de Sophie Calle, l’une des artistes les plus représentatives de l’art contemporain français.
- La deuxième présentera l’œuvre du célèbre photographe Yann Arthus – Bertrand.
- La troisième sera consacrée au chanteur français Georges Brassens dont la compagne était une Estonienne - c’était une découverte pour la majorité des Français et des Estoniens. Nous envisageons d’organiser un concert pour présenter au public estonien le répertoire de Brassens.

Merci de votre attention et je serais très heureux de répondre à vos questions.

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